jeudi 3 septembre 2009

Jaume Cabré - Les voix du pamano


Pour rompre ce fracassant silence...
Parce que Les voix du Pamano est roman imposant par la force de ses dispositifs narratifs et de son histoire...
Parce que c'est un roman qui est totalement passé à coté des yeux de la critique et que seuls quelques libraires ont eu l'intuition de lire...
Enfin parce que ce roman est une bénédiction.
Les Voix du Pamano est pour moi le roman le plus fort du semestre. Un livre fort tant par son histoire que dans sa construction, un roman qui se déploie comme une mosaïque que le lecteur reconstruit peu à peu au fil des pages. Entièrement centré autour d'un village des Pyrénées catalanes : Torena et se ses secrets. Entre 1944 et 2002 l' Histoire (celle avec une grande hache) mêle à celle d'une poignée de villageois et leurs secrets. Les secrets nés de la guerre civile et du poids de la vie au temps du franquisme. La vengeance et la haine semble être le moteur de ces vies et Jaume Cabré nous fait entrer dans les mystères de ce village, au travers des voix intimes de ses protagonistes.
La difficulté pour conseiller ce livre vient du fait qu'il est dommageable de dévoiler ne serait-ce qu'une petite partie de l'histoire, parce que Cabré à construit son roman en mélangeant le temps de l'Histoire et celui plus intime de ses personnages. Ces deux temps ne sont plus linéaires par conséquent le roman avance avec sa propre cohérence.
Une des grandes réussites du romancier réside dans la façon qu'il a d'éclater le fil de son roman et de laisser au lecteur la plaisir de reconstruire les histoires qui peuplent le livre.
Conseiller ce roman c'est faire accepter un pari de confiance au lecteur, c'est lui promettre une histoire d'une force incroyable (celle d'une grande saga) servie par une construction et un style grandiose. Les voix du Pamano est un roman éblouissant jusqu'aux larmes.

Comme tous les grands livres, il ne se laisse pas apprivoiser sans mal, pourtant la récompense est à la hauteur des efforts une fois passées les cinquante premières pages qui mettent en place les dispositifs narratifs on se retrouve embarqué dans une histoire qui nous dépasse et nous piège

14 commentaires:

  1. Curieux, mais à la lecture de ton papier, je pense à une construction à la Daniel Sada. C'est le cas ?

    RépondreSupprimer
  2. C'est une très bonne remarque, je n'y avais pas pensé mais en somme oui. Sauf que chez Sada la construction donne lieu à un jeu sur la digression (par exemple à l'occasion de l'incursion d'un personnage il en profite pour remonter sur sa généalogie et son histoire) alors que Cabré reste collé à son histoire. Il n'y en a qu'une et en définitive il y a peu de personnages, mais on suit leurs vies tout au long du demi-siècle (de 1944 (épisode fondateur et traumatique dans l'histoire du village) à 2002 (moment qui marque la fin de l'Histoire))le roman reste une saga et le propos est très resserré.
    Conrad écrit dans Au cœur des ténèbres "Ici aussi ça a été un des coin obscurs de la terre" (one of the dark place of the earth), je crois que c'est aussi ce qui est à l'œuvre dans Les voix du Pamano.

    RépondreSupprimer
  3. Donc, si je comprends bien, ce serait d'un abord plus facile que L'Odyssée barbare.
    Après 50 pages d'adaptation.
    Je ne suis pas loin de me laisser tenter...

    RépondreSupprimer
  4. En fait il faut effectivement une cinquantaine de pages pour comprendre les mécanismes narratifs (qui fonctionnent un peu comme la mémoire par assemblages), ensuite tu es pris au piège par l'histoire. On a donc d'un côté une histoire très attachante (humainement et par la force des personnages) et d'un autre côté un roman construit comme un labyrinthe qui ne cesse de se dérober, d'avancer et de reculer. Le jeu avec le temps est époustouflant.
    Laisse-toi tenter...je pense qu'on peut pas être déçu.
    Si c'est le cas tiens moi au courant...

    RépondreSupprimer
  5. OK, je me laisse tenter. Merci du tuyau.
    Je te tiens au courant...sans pouvoir te dire quand.

    RépondreSupprimer
  6. C'est un excellent roman.

    RépondreSupprimer
  7. laissez-vous tenter, c'est mon coup de coeur de l'année.

    RépondreSupprimer
  8. J'ai adoré ce livre, exigeant mais passé un premier moment déroutant, "où et quand sommes nous" le voyage est superbe;;

    RépondreSupprimer
  9. Merci pour ce conseil de lecture. Je me suis plongée dedans et ai d'abord été dérouté les 50 premières pages, effectivement. Probablement par l'abondance de noms, de lieux qui me perdaient un peu. Et parce que j'avais trop peu de temps disponible devant moi ce qui ne me permettait pas de mon plonger véritablement dans le récit. Et ensuite, passé ces 650 premières pages, j'ai été happée. Par le fond, par la construction, le style. Comme vous le dites, difficile à apprivoiser mais quelle récompense !
    Ce livre va laisser des marques indélébiles et je me précipite sur l'ombre de l'eunuque, du même auteur écrit précédemment.

    RépondreSupprimer
  10. Je l'ai commencé il y a quelques jours et j'ai été déroutée , c'est vrai par cette construction en forme de puzzle. Il faut tenir tous les fils bien serrés pour ne pas se perdre dans cette façon de glisser d'un moment à un autre, d'un personnage à un autre.
    Un petit reproche cependant, la traduction me semble parfois incohérente

    RépondreSupprimer
  11. Bonjour,

    Quelqu'un a un avis sur la répétition du premier chapitre dans le chapitre 70 (je crois, je n'ai plus le livre sous la main)
    Éventuellement, je peux comprendre, ça boucle le roman
    Mais je ne saisis pas l'inversion du nom du personnage entre les deux versions ?

    RépondreSupprimer
  12. Il y a effectivement reprise du premier chapitre dans cet avant dernier. Au demeurant cela n'est pas le première fois dans le roman que Cabré reprend des passages entiers. Le roman est en cela très circulaire, comme si le temps était effectivement en boucle entre 1937 et 2001.
    Le changement notoire vient du fait que dans le premier chapitre on ne sait pas qui est Youri, alors qu'à la fin on compris le sens de cette scène.

    RépondreSupprimer
  13. génial ce livre!!! construction narrative et écriture réjouissante ( pourquoi les français n'y ont ils pas pensé plus tôt?... à moins que...). dramatique mais bourré d'humour...une découverte! je me lance dans la lecture de ses autres livres! je ne le lâcherai plus!
    C Lainé

    RépondreSupprimer
  14. J'arrive bien après et confirme mille fois! Ce roman que je lis après Confiteor et après L'ombre de l'eunuque est une merveille, comme les deux autres. Cabré est un immense écrivain, une conteur extraordinaire, un architecte subtil, et qui ose à la fois l'humour, la poésie, l'érotisme et même la vulgarité. C'est génial, puissant, envoûtant et comme lui on aimerait multiplier les synonymes et les nuances. Eblouissant? renversant? passionnant? Tout cela...

    RépondreSupprimer